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Saison 2008-2009 Quoi de neuf?
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Suzanne Lebeau
Gervais Gaudreault Historique de la compagnie
Petit Pierre Contes d'enfants réels Actions culturelles
Salvador
Le bruit des os qui craquent
Souliers de sable

 

Exposition Pas à pas présentée à la Maison Théâtre

 

L'urgence de dire

Il y a cinq ans, les enfants marchaient dans les rues avec leurs parents et leurs grands-parents pour dire « NON » à la guerre en Iraq. À Montréal, en janvier, il faisait -30 degrés et ils étaient là. Ils étaient là en février. Ils étaient là, encore plus nombreux, en mars. Ils étaient là à Paris, à Madrid, à Mexico, à Londres, à Washington. « NON! NON! à la guerre! », « ¡NO a la guerra! », « NO More War! ».

Quelques semaines plus tard, la guerre était déclarée unilatéralement par la plus grande puissance économique du monde, sans l’accord de l’ONU. Une guerre moderne et « efficace » qui nous arrivait en direct à l’heure du souper. Je me suis demandé ce que les enfants pensaient des adultes avec lesquels ils avaient marché et qui construisaient le monde dans lequel ils auraient à vivre. Comment recevaient-ils et que pensaient-ils de ces contradictions dans lesquelles nous nageons comme des poissons dans l’eau? Les recevaient-ils seulement? Les jugeaient-ils?

J’étais à réfléchir à ces incohérences, aux conséquences des guerres sur la vie quotidienne des civils quand j’ai vu un documentaire sur les enfants soldats. J’ai été terrorisée par les regards de ces enfants, terrorisée de les entendre renoncer à des rêves simples et légitimes, comme celui d’aller à l’école… Je repensais aux enfants iraquiens qui avaient perdu leurs parents, leur maison, leurs amis, leur école. Aux enfants soudanais qui continuaient à mourir de faim parce le Conseil de sécurité de l’ONU n’arrivait pas à s’entendre sur l’aide à apporter… Je pensais aux milliers d’enfants réfugiés des guerres dont on ne parle pas parce qu’il faut rire à tout prix et que notre confort est assuré par la misère qui nous entoure...

Le phénomène de l’enfant soldat est un concentré de tous les abus, exploitations, violences faites à l’enfance : abus sexuel, lavage de cerveau, esclavagisme, accoutumance à la drogue, froid, faim, humiliations, violences physiques et verbales de toutes sortes. L’enfant soldat se fait voler son enfance, son passé et son avenir. Ils étaient 300 000 quand j’ai commencé à m’intéresser au phénomène. On parle maintenant de 500 000. Un chiffre terrifiant qui ne « comptabilise » pas les petits réfugiés de la guerre, les sans-abri qui se réchauffent avec un peu de colle, les sans-parent qui font vivre des petits frères et petites sœurs, les enfants négligés de parents sans travail ou sans papiers, les enfants malades qui ne savent même pas qu’ils pourraient recevoir des soins, les affamés de tendresse ou de pain. Il y en a des millions et des millions…

Ces enfants-là existent. Ils nous entourent. Leurs doigts fins ont tissé les motifs délicats du tapis sur lequel on marche pieds nus. Ils ont vernis la poterie du salon d’un produit hautement toxique qui empoisonne leurs poumons et donne à la terre sa belle couleur. Ils ont forgé les chaises de jardin dans lesquelles on contemple les aurores boréales en août. Nous restons silencieux car nous avons besoin de main-d’œuvre docile et bon marché pour boire notre café fin à un prix raisonnable, pour le plein d’essence qui nous emmènera à la campagne le vendredi soir, pour vivre comme nous vivons.

Nous acceptons le fait comme une étrange fatalité. Nous vivons, et nos enfants aimés et choyés vivent et grandissent dans ce monde imparfait qui cultive l’injustice, détruit impunément les ressources rares et précieuses, où l’homme se comporte comme un fauve dans une arène, où le plus fort doit manger le plus faible. Ne serions-nous donc que des prédateurs? Nous observons, impuissants, et pour nous déculpabiliser, nous laissons flotter un doute : la victime ne serait-elle pas responsable de l’abus qu’on lui fait?

Le système que nous perpétuons se nourrit de ces injustices. Comment pourrait-il se dénoncer lui-même, analyser, chercher des alternatives? Toujours ce profit insatiable, la spirale infernale : pour être vivant, le commerce doit croître. Cette logique appelle de larges consensus, impose une frivolité qui justifie tous les excès, installe le « politically correct » en lieu et place de morale et d’éthique, elle fait de la « sécurité » la clef des relations humaines, des relations à la nature et au monde.

La perte de sens moral dans une société impose à l’artiste le devoir d’oublier, de transgresser règles, règlements, modes et convenances, de revenir aux valeurs fondamentales qui donnent son sens à la vie, de retrouver le poids des mots et de dire à voix haute ces réalités qu’on essaie de taire. Nous le savons tous, le plaisir indécent, les réjouissances brillantes et bruyantes ne concernent que quelques-uns. Il faudrait être bien faibles pour croire que nous n’y sommes pour rien, bien défaitistes pour croire que nous n’y pouvons rien…

Le bruit des os qui craquent raconte l’histoire d’Elikia, une enfant soldat... sa vie trop courte et le moment décisif où elle vainc sa peur pour sauver un plus petit qu’elle. L’écriture du texte a déclenché une tempête de questions de forte intensité… Des questions se sont attaquées à chaque mot, chaque image, chaque intention sur les limites et les pouvoirs du théâtre, la responsabilité de l’art et de l’artiste dans la société, la finalité de la parole artistique… des questions qui prennent l’acidité du citron pur, le tranchant d’une lame bien aiguisée, quand il s’agit d’écrire pour les enfants.

La petite Elikia m’a obligée à faire taire la peur qui me serrait le ventre en écrivant. Elle m’a tenue par la main dans les dédales les plus sombres de l’âme et de la vie, m’a obligée à me tenir debout pour tenir tête aux préjugés, à l’impuissance que nous secrétons devant les situations démesurées. C’est elle qui m’a fait découvrir la force tranquille et triomphante de celui qui décide de se tenir debout. Comme le petit manifestant seul devant le tank. Oublier la peur… cette alliée parfaite de tous les régimes en perte de repères et de sens, ce frein à toute forme d’engagement. La peur de la contestation. La peur de faire peur. La peur de troubler notre indifférence tranquille par des images que nous ne sommes pas capables de voir et d’entendre alors que d’autres les vivent. Cette peur qui non seulement empêche d’agir, mais empêche de voir, d’entendre, de savoir.

Seul le premier pas est difficile, seule la marche solitaire est ingrate. Le courage d’Elikia est contagieux et son histoire qui émeut, convainc de la force insoupçonnée et puissante du petit, de l’être humain isolé qui décide d’être debout et de marcher pour faire reculer une machine qui semble invincible, un destin inéluctable.

Retrouvons le goût d’être debout et en marche pour dire non à l’indifférence, l’injustice, la cruauté, la bêtise, l’exploitation, les abus et retrouvons la saveur étonnante d’une parole qui s’engage, dit, raconte, s’indigne, une parole qui prend volontairement et clairement le parti des sans-voix.

Suzanne Lebeau

 

 

À LA PROGRAMMATION CETTE SAISON

 

SALVADOR

Montréal — Maison Théâtre 24 septembre au 12 octobre

Texte Suzanne Lebeau | Mise en scène Gervais Gaudreault | Distribution Marcelo Arroyo, Carole Chatel, Marcela Pizarro Minella, Alejandro Venegas, Jean-Guy Viau | Assistance à la mise en scène Anne-Catherine Lebeau | Concepteurs Dominique Gagnon, Éric Gendron, Pierre Lafontaine, Francine Martin, Mireille Vachon, Alejandro Venegas | Direction de production Dominique Gagnon | Régisseurs Éric Gendron, Dominique Gagnon

Jeunes de 8 à 13 ans et adultes

 

SOULIERS DE SABLE / ZAPATOS DE ARENA

Montréal (Conseil des arts de Montréal en tournée) — Arrondissement Lasalle 11 novembre | Arrondissement Saint-Laurent 13 novembre | Maison de la culture Ahuntsic-Cartierville 22 novembre | Arrondissement Saint-Léonard 29 novembre | Maison de la culture Rosemont-Petite- Patrie 12 décembre

Québec — Mont-Laurier, Muni-Spec 25 et 26 novembre | Laval, Maison des Arts 3 au 5 mai

Espagne — Madrid, Festival Teatralia 6 au 18 mars

En résidence au Théâtre de la Ville (Longueuil, Québec) et en coproduction avec le Théâtre du Vieux-Terrebonne (Québec) et le Grand Théâtre de Lorient (France)

Texte Suzanne Lebeau | Traduction Cecilia Iris Fasola | Mise en scène Gervais Gaudreault | Distribution Martin Boileau, Marie-Michelle Garon, Joachim Tanguay | Assistance à la mise en scène Anne-Catherine Lebeau | Professeur d’espagnol Daniel Zamorano | Concepteurs Dominique Gagnon, Pierre Lafontaine, Stéphane Longpré, Nicolas Rollin | Direction de production Dominique Gagnon | Régisseurs Dominique Gagnon, Éric Gendron/Alexi Rioux

Jeunes de 4 à 7 ans et adultes

 

LE BRUIT DES OS QUI CRAQUENT

France — Fos-sur-Mer, Centre culturel Marcel Pagnol 13 janvier | Cavaillon, Le Théâtre - Scène nationale 15 et 16 janvier | Nîmes, Association de Théâtre Populaire (ATP) 18 au 20 janvier | Villefranche-de-Rouergue, ATP 22 janvier | Pennautier, ATP de l’Aude 24 janvier | Aix-en-Provence, ATP 26 janvier | Orléans, Association Théâtre Aujourd’hui 28 janvier | Vitry-sur-Seine, Théâtre Jean Vilar 30 janvier au 2 février | Épinal, ATP des Vosges 5 février | Thonon-les-Bains, Maison des Arts 24 et 25 février | Meylan, L’Hexagone, Scène nationale 27 février | Gradignan, Théâtre des 4 saisons 3 mars | Dax, ATP 5 mars | Biarritz, ATP de Biarritz 6 au 8 mars | Roanne, ATP 10 mars | Mulhouse, Tréteaux de Haute-Alsace et la Filature, Scène nationale 13 et 14 mars

Montréal —Théâtre d’Aujourd’hui 31 mars au 25 avril

Une création de la compagnie de théâtre le Carrousel et du Théâtre d’Aujourd’hui (Montréal), en résidence au Théâtre de la Ville (Longueuil, Québec), en coproduction avec le Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine et la Fédération d’Associations de Théâtre Populaire avec l’Aide à la création du Centre national du Théâtre et le soutien de la SACD à l’auteur (France)

Texte Suzanne Lebeau | Mise en scène Gervais Gaudreault | Distribution Emilie Dionne, Sébastien René, Lise Roy | Assistance à la mise en scène Stéphanie Capistran-Lalonde Concepteurs Linda Brunelle, François Cyr, Dominique Gagnon, Anik Généreux, Stéphane Longpré, Nancy Tobin | Direction de production Dominique Gagnon, Nicolas Marion | Régisseurs Éric Gendron/Dominique Gagnon, Régis Guyonnet

Adultes et jeunes à partir de 10 ans

 

小皮耶 PETIT PIERRE

Taïwan — Taipei, Taipei Children’s Arts Festival, juillet

En coproduction avec l’Espace Malraux – Scène nationale de Chambéry et de la Savoie, le Centre culturel de Villefranche-sur-Saône, l’Yonne en Scène (France) et le Théâtre du Vieux-Terrebonne (Québec)

En coproduction avec le Taipei Children’s Arts Festival

Texte Suzanne Lebeau | Traduction Camille Yih-June Chia | Mise en scène Gervais Gaudreault | Distribution Ludger Côté, Jade Pi-Yu Shih, Szu-Ni Wen | Assistance à la mise en scène Chao-chi Ma | Concepteurs Marie-Pierre Fleury, Dominique Gagnon, Pierre Lafontaine, Francine Martin, Nicolas Rollin | Direction de production Dominique Gagnon | Régisseurs Dominique Gagnon, Martin Jannard, Éric Le Brec'h

Jeunes de 8 à 12 ans et adultes

 

 

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Photos et illustrations :
Manon André, Patrick Bergé, Véro Boncompagni, Caroline Bourbonnais, Bernard Brault, Nathalie Caron, Maxime Côté, Marc Cramer, Jacques Driol, Yves Dubé, Stéphane Dumais, Marc Dussault, François-Xavier Gaudreault, Sophie Grenier, Jean-François Hamon, Kiko, Josée Lambert, Laurence Leblanc, Suzanne Ostein, Bernard Préfontaine, Olivier Prialnic, Isabelle Rancier, Monic Richard, Daniel Robillard, Marie-Claude Rodrigue, Lara Rosenoff, Pierre Roussel, André P. Therrien, Julien Tremblay, Jean-Christophe Verbert, Izabel Zimmer.

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