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Le droit de dire
2007-2008 sera une saison de débats que nous acceptons les pieds fixés dans l’enfance et la tête haute, à regard d’adulte. Nous les sentons se faire discrets dans les sourires gênés, nous les sentons palpiter dans les réflexions stimulantes, nous les sentons grandir dans les regards et les consciences. Nous les voyons se dresser comme des barrières, se gonfler comme des voiles sur le départ, s’enfler dans nos poitrines. Il faut retrousser nos manches, avoir vingt ans et tous les culots, surtout celui de dire, car le théâtre que nous aimons et celui que nous voulons se donne comme première mission de dire.
Nous en avons connu beaucoup de débats depuis 1975. D’abord, les débats graves et fondateurs sur la dramaturgie et le répertoire à construire dans un manque de tradition sans égal dans l’histoire du théâtre: quoi dire? Le public était un public d’enfants et ceux qui le faisaient, le choisissaient, le critiquaient étaient des adultes. Une situation sans égale dans l’histoire de l’art. La réalité du filtre a suscité des débats nécessaires, troublants et toujours actuels. Quoi dire, comment dire, quand dire, pourquoi dire? Des camps se sont formés d’après les expériences personnelles et la perception de l’enfance.
Il y a eu le débat sur la fragilité de l’enfant et la force de l’adulte. Débat qui perdure même si nous savons que les enfants ne vivent pas dans un monde idyllique et protégé, que la gauche et la droite ne se résument pas nécessairement à un simple problème de chaussures à mettre dans le bon pied. Les hasards de la naissance sont de puissants facteurs de développement et les petits ont de l’intuition… Nous refusons de couper le monde en deux saisons imperméables où les peines de l’enfance se soigneraient d’un coup de baguette magique et où les blessures d’amour et d’amour propre de l’adulte seraient tragiques, douloureuses et permanentes...
Gil, l’adaptation du roman d’Howard Buten, Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué, en 1987 soulevait déjà des vagues, des tempêtes. Les adultes concernés, interpellés, troublés, réagissaient. Les médias relayaient les questions. Est-ce qu’on peut dire ça à des enfants? Est-ce qu’on peut laisser les enfants sans réponse après les avoir bouleversés? Et d’abord, est-ce qu’on a le droit de bouleverser les enfants... au théâtre? Leur raconter des situations qu’ils n’ont pas vécues? Au moment même de ce grand débat sur ce que vivent les enfants, nous suivions dans les journaux l’histoire d’une petite fille victime d’inceste tout près de chez nous. L’histoire n’avait plus de fin. Chaque jour éclairait d’une lumière crue l’enfance de cette petite. Elle avait alors 11 ans. Où est-elle cette petite fille qui est maintenant une femme et qui a peut-être des enfants?
Débats passionnants... que ceux soulevés par les Contes d’enfants réels, leur impudeur, leur excès de mots, leur forme informelle et la capacité d’appréhension des enfants: seront-ils capables de décoder le sens profond et les questions d’éthique implicites aux situations présentées ou au contraire impressionnables et asservis aux images premières, évidentes? Le débat reste aussi vif, des années plus tard.
Il y a eu beaucoup d’autres débats essentiels. Débat sur la compréhension : qu’entend-on par compréhension? Est-elle mesurable? Est-elle souhaitable? Est-elle nécessaire? Est-elle univoque? Débat sur l’unanimité: le théâtre pour enfants serait-il condamné à l’unanimité? Tous les enfants doivent-ils éprouver le même plaisir au même moment ou bien ne risquent-ils pas d’être dégoûtés à jamais du théâtre? Les enfants seraient-ils parfaitement semblables et les publics désespérément homogènes? Débat sur l’âge et les tranches d’âge qui s’enrichit tous les jours : à quoi servent les limites d’âge que les artistes et les programmateurs fixent si soigneusement? Sont-elles un gage de rencontre? Quel rôle l’âge joue-t-il dans la possible identification, dans l’intérêt et le désintérêt, dans l’émotion? Débat passionnant sur les jauges qui se veut artistique mais qui ne réussit pas à échapper aux considérations économiques.
La beauté de ces débats reposait et repose encore sur la libre circulation d’idées et la diversité des propositions « divergentes » et « contradictoires ». Il y a des courants, bien sûr, qui suivent les doutes et les courages des sociétés qui voient naître et grandir cet art. Il y a les expériences qui se ressemblent parfois à des milliers de kilomètres de distance. Il y a les cas extrêmes qui bouleversent et choquent. Il y a de formidables succès et des échecs tout aussi révélateurs et stimulants. Il y a envers et contre tout un répertoire qui se construit.
Nous avons encore peu parlé d’une autre réalité qui s’est imposée, au fil des ans et des tournées, en toile de fond de ces débats : le choc des cultures. Notre Ogrelet en est un formidable exemple : il a suscité une émotion craintive et respectueuse au Québec, une large adhésion auprès du public français, une passion amoureuse « dévorante » en Amérique latine et un rejet scandalisé chez nos voisins anglophones. Comment un seul et même spectacle peut-il provoquer des réactions si différentes? Que nous apprennent ces réactions sur le spectacle lui-même, sur la relation entre l’enfant et l’art, sur le contrôle exercé par les adultes qui jugent, adorent ou condamnent? Il serait intéressant de pousser plus loin la réflexion et de vérifier pourquoi, par exemple, les Contes d’enfants réels présentés cette année au Brésil, en version espagnole, ont provoqué des cascades de rires et un large plaisir alors qu’à Ottawa, quelques semaines plus tôt, la version française avait choqué profondément.
La nouvelle création du Carrousel, Souliers de sable, provoque elle aussi des réactions divergentes. La programmation québécoise de la saison prochaine témoigne de la séduction que le spectacle a opérée… Pourtant, au cours d’une exceptionnelle tournée de création en France, nous avons senti des réticences sur la matière du spectacle et la manière de s’adresser aux petits… chez les professionnels et ce, malgré une attention émouvante des tout-petits, à chacune des représentations. Il n’y avait rien de l’impression désagréable provoquée par Les Petits Pouvoirs en 1983 alors que les mots, les phrases, les images forgés dans une culture spécifique semblaient tomber entre la scène et la salle. La réaction des adultes se faisait alors la parole officielle des enfants. Comment analyser la dichotomie troublante dans une nouvelle situation où la réaction des professionnels diverge autant de celle du grand public? Qu’est-ce qui conditionne les réactions à une proposition théâtrale quand il ne s’agit pas d’incompréhension fondamentale du contexte? Y aura-t-il une version anglaise de Souliers de sable? Une version espagnole? Quelles seront les réactions dans ces cultures qui ont du monde et de l’enfance des perceptions si éloignées?
Nous prévoyons d’autres débats… inévitables. Notre prochaine création, Le bruit des os qui craquent, ne laisse pas présager un silence consensuel. Loin de là. Toutes les questions vont se poser. Celle du public, bien sûr. La question surgit immédiatement : si le texte intéresse directement un public d’adultes, comme nous en a convaincus une lecture publique présentée dans le cadre de la Semaine de la dramaturgie à Montréal en décembre 2006, est-ce encore un texte pour enfants? D’autres questions découlent naturellement : peut-on dire la réalité des enfants soldats à nos enfants qui ne la vivent pas? Le théâtre et l’art, qui ont le pouvoir de bouleverser les enfants, en ont-ils le droit? Pourquoi cette surveillance pointue, presque hystérique quand il s’agit d’art, et cette impunité totale quand il s’agit de commerce? Une heure de théâtre, la visite d’une exposition, un spectacle de danse pourraient-ils avoir une influence assez grande pour bouleverser de manière définitive nos enfants si précieux? L’enfance serait-elle un lieu d’intimité chargé d’un tel pouvoir explosif que celui qui s’en approche d’une manière non consensuelle provoque des commotions?
Nous continuons et continuerons à chercher des réponses et le sens caché au fond des choses, à notre manière, en fréquentant les enfants qui développent leurs connaissances, leur sens critique, leur sens civique, dans une perpétuelle négociation avec les questions existentielles qui nous habitent de la naissance à la mort. Nous fréquentons et fréquenterons les petits, ceux qui trébuchent en montant les marches, ceux qui les déboulent pour expérimenter la peur et ceux qui le font pour comprendre la loi de la gravité.
Gervais
Gaudreault, Suzanne
Lebeau, Odette Lavoie
HUMANIDAD
Le visuel de cette saison est tiré de l’exposition Humanidad/Les enfants travailleurs du Nicaragua, fruit d’une recherche initiée en 1999 par les photographes Patrick Dionne et Miki Gingras. Les artistes utilisent la photographie-sténopé comme levier de réflexion sur notre milieu de vie et les répercussions de la mondialisation sur celui-ci, en intégrant les sujets au document photographique. La forme allégorique et le passage du réel au flou provoqués par les caméras obscura font parties des moyens qu’ils emploient pour illustrer leur propos.
Miki Gingras et Patrick Dionne ont fondé Diasol, un organisme sans but lucratif qui, à travers ses activités, assure la réalisation et la diffusion de projets culturels au Québec ainsi que dans plusieurs pays d'Amérique latine.
www.diasol.org


SOULIERS DE SABLE
au
Québec et en Ontario
Du 17 octobre 2007 au 1er juin 2008
Les Gros becs/Centre de diffusion du théâtre jeunesse/Québec
Tél: (418) 522-7880
17 octobre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
18 octobre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
19 octobre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
21 octobre – 15h00 (tp)
23 octobre – 9h30 (sc) (o) – 13h30 (sc) (o)
24 octobre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
25 octobre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
26 octobre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
27 octobre – 15h00 (tp)
28 octobre – 15h00 (tp)
Théâtre de la Rubrique/Salle Pierrette Gaudreault/Jonquière
Tél: (418) 542-5521
1er novembre – 9h30 (sc)
2 novembre – 9h30 (sc) – 13h40 (sc)
3 novembre – 13h30 (tp)
Maison Théâtre/Montréal
Tél: (514) 288-7211
7 novembre – 10h (sc)
8 novembre – 10h (sc)
9 novembre – 10h (sc) – 19h30 Première
11 novembre – 13h (tp) – 15h (tp)
13 novembre – 10h (sc)
14 novembre – 10h (sc)
15 novembre – 10h (sc)
16 novembre – 10h (sc) – 13h (sc)
17 novembre – 13h (tp) – 15h (tp)
18 novembre – 13h (tp) – 15h (tp)
20 novembre – 10h (sc)
21 novembre – 10h (sc)
22 novembre – 10h (sc) – 13h (sc)
23 novembre – 10h (sc)
24 novembre – 13h (tp) – 15h (tp)
25 novembre – 13h (tp) – 15h (tp)
L’Arrière Scène/Centre culturel/Beloeil
Tél: (450) 467-5404
9 décembre – 15h (tp)
10 décembre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
11 décembre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
12 décembre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
13 décembre – 9h30 (sc) – 13h30 (sc)
Corporation de développement culturel/Salle Anaïs Allard Rousseau/Trois-Rivières
Tél : (819) 372-4614
30 mars – 14h (tp)
31 mars – 9h30 (sc) – 13h30 (sc) (o)
Initiascène, Théâtre Lionel-Groulx/Sainte-Thérèse
Tél : (450) 434-5174
2 mai – 9h30 (sc) – 13h (sc)
3 mai– 11h00 (tp)
SPEC/Théâtre des Deux Rives/Saint-Jean-sur-Richelieu
Tél : (450) 358-0065
6 mai – 10h (sc) (o) – 13h (sc) (o)
7 mai – 10h (sc) – 13h (sc)
Théâtre Français du Centre National des Arts/Ottawa
Tél : (613) 947-7000
28 mai – 10h (sc) – 13h (sc)
29 mai – 10h (sc) – 13h (sc) (o)
30 mai – 10h (sc) – 13h (sc) (o)
31 mai – 13h30 (tp)
1er juin – 13h30h (tp) – 15h30 (tp)
SOULIERS DE SABLE en Europe
du 15 au 27 janvier 2008
Les Tréteaux de Haute-Alsace/Théâtre de la Sinne/Mulhouse/France
Tél : 03.89.33.78.00
16 janvier – AM (sc) (o) – PM (sc)
17 janvier – AM (sc) – PM (sc)
18 janvier – AM (sc) – PM (sc)
19 janvier – AM (sc) (o)
20 janvier – AM (sc)
Am Stram Gram Le Théâtre/Genève/Suisse
Tél : 022.735.79 24
22 janvier – 19h00 (tp)
23 janvier – 15h00 (tp)
25 janvier – 19h00 (tp)
26 janvier – 17h00 (tp)
27 janvier – 17h00 (tp)


PETIT PIERRE au Mexique
du 30 octobre au 18 novembre 2007
Forum Universel des Cultures/Centre National des Arts/Monterrey
30 octobre – 14h (sc) – 19h (tp)
31 octobre – 14h (sc) – 19h (tp)
1er novembre – 14h (sc) – 19h (tp)
2 novembre – 14h (sc) – 19h (tp)
3 novembre – 14h (sc) – 19h (tp)
4 novembre – 14h (sc) – 19h (tp)
Escenario 2007/Théâtre Juárez/Guanajuato
12 novembre –19h (tp)
13 novembre – # (sc) – # (sc)
Centro cultural del Bosque - INBA/Teatro Julio Castillo/Mexico
17 novembre – 13h (tp)
18 novembre – 13h (tp)


CUENTOS DE NINOS REALES
Au Venezuela
19 et 20 octobre 2007
Festival de las Artes/Valencia
19 octobre – 20h (tp)
20 octobre – 20h (tp)
Légende:
(sc) représentation scolaire
(tp) représentation tout public
(o) représentation à confirmer
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