
HUMANIDAD
Depuis 1999, Patrick Dionne et Miki Gingras (PatMiki) créent conjointement des œuvres photographiques abordant des problématiques politiques, sociales ou culturelles. La démarche de ces deux artistes porte sur les frontières physiques ou psychologiques découlant des règles et des structures établies par notre société mondialisée et les effets de ces frontières sur l’individu. Ils ont amorcé le projet Humanidad à travers le Québec et l’Amérique latine à la suite d’une réflexion sur la perception qu’ont les gens de leur milieu de vie et les répercussions de la mondialisation sur celui-ci.
Pour PatMiki, explorer la relation de l’enfant et de l’adulte avec son milieu de vie par la création d’œuvres photographiques est une préoccupation constante. Ils ont choisi d’intégrer les enfants travailleurs dans le processus de création, une participation qui se manifeste autant par des témoignages et des mises en scène que par la prise d’images. Le travail d’exploration sur le terrain devient ainsi un véritable lieu d’échange entre les artistes et la communauté d’accueil puisque l’intégration du participant aux différentes étapes du projet permet aux jeunes de prendre la parole pour raconter leur réalité et aux photographes d’être les témoins privilégiés de leur intimité.

LES ENFANTS TRAVAILLEURS DU NICARAGUA
Ce projet artistique a été réalisé en 2005, 2006 et 2008, auprès de plus de 300 jeunes. Le choix des enfants travailleurs s’est imposé de lui-même : au Nicaragua, plus de 50% de la population est d’âge mineur. Les enfants sont amenés très tôt à travailler pour aider leur famille et s’affairent à des tâches variées, à la ville comme à la campagne. PatMiki ont réalisé leur parcours dans le pays, guidés par le regard de ces jeunes à qui l’enfance a été dérobée. Les images réalisées à partir de cameras obscuras donnent une impression de rêve, d’irréalité. Les flous fantomatiques créés par les longs temps d’exposition servent parfaitement le sujet, illustrant ces présences oubliées dans la foule, ignorées par un contexte économique et politique qui freine la pleine réalisation des jeunes. Ces images nous invitent à réfléchir à notre rapport au travail, à la communauté et aux différences et similitudes entre ces vies et les nôtres.
La série d’images en noir et blanc se compose de sténopés créés par les enfants, illustrant leur vision du travail, de la famille, de la communauté et de la culture nicaraguayenne.
La série d’images en couleurs, signée PatMiki, est un témoignage artistique de l’expérience vécue au Nicaragua et une allégorie du regard qu’ils portent sur la vie de ces enfants marginalisés.

MOT DU COMMISSAIRE
En parallèle à la présentation de Salvador, il m’apparaît important de faire connaître le travail de PatMiki qui, depuis près de 10 ans, ont créé des liens profonds avec les enfants de l’Amérique du Sud.
En faisant cohabiter le point de vue de ces deux artistes avec celui des enfants, un dialogue fécond s’engage par la manière qu’ils ont de percevoir le monde, portée par le regard de chacun.
Gervais Gaudreault

LE TRAVAIL DES ENFANTS AU QUÉBEC
Lorsqu’il est question du travail des enfants, on pense immédiatement aux nombreux pays en voie de développement où ce phénomène est une réalité quotidienne. Pourtant, le travail des enfants a été un élément important de l’industrialisation au Québec, surtout dans la seconde moitié du 19e siècle. Cette pratique s’est cependant maintenue bien au-delà de cette période.
Le travail des enfants procurait aux familles ouvrières de maigres revenus supplémentaires permettant de payer le loyer, la nourriture, le chauffage. Au début du 20e siècle, certains groupes de travailleurs obtiennent de meilleures conditions de travail. Dans les années 1930 et 1940, les syndicats font des percées dans plusieurs secteurs, ce qui fait reculer progressivement le travail des enfants. Mais tous les secteurs n’évoluent pas au même rythme et beaucoup d’entreprises continuent à avoir recours à la main d’œuvre des jeunes. À Montréal, dans les quartiers populaires, de nombreuses familles comptaient sur l’apport de leurs enfants au budget familial, même dans les années 1950.
À cette époque, le travail des enfants était parfois saisonnier. On peut évoquer l’exemple de l’usine Raymond située sur la rue Panet, à Montréal. Fabricant de confiture et de marinades, cette entreprise comptait environ 180 employés. Lors de la saison des récoltes, ce nombre dépassait les 1100 ouvriers et ouvrières, pour la plupart âgés entre 10 et 14 ans. Si les récoltes débutaient avant la fin de l’année scolaire, certaines familles préféraient envoyer leurs enfants à l’usine de transformation plutôt qu’en classe, ce que déploraient les autorités scolaires du quartier.
À la même époque, ailleurs en province, la situation était similaire. Que ce soit à la ferme familiale, à la mine, sur la mer ou en forêt, bien que moins nombreux, les enfants étaient encore présents dans le monde du travail pour contribuer aux revenus de la famille.
Éric Giroux
Historien
Écomusée du fier monde

Pour télécharger le programme de cette exposition, cliquer ici.
Pour de plus amples informations sur ce projet ou encore pour l'accueillir en vos murs, nous vous invitons à visiter le site Internet de PatMiki à l'adresse suivante: www.diasol.org